Le 5 septembre 2021 le coup d’État militaire en Guinée mené par le Comité National du Rassemblement pour le Développement (CNRD) sous la houlette du Colonel Mamadi Doumbouya n’a pas seulement bouleversé l’appareil gouvernemental ; il a également eu des répercussions sur les militants de base en ce début novembre 2022.
À Matoto, commune de Conakry réputée proche du régime déchu du professeur Alpha Condé, des manifestations sporadiques de femmes et de jeunes ont rapidement dégénéré, entraînant des interpellations massives. Ce que plusieurs observateurs de la scène politique guinéenne n’ont pas manqué de qualifier de « chasse aux sorcières » s’est alors enclenché.
Dans le filet des Forces spéciales — et non de la police ou de la gendarmerie, seules habilitées à maintenir l’ordre public — sont tombés plusieurs responsables des sections RPG/Arc-en-ciel, notamment ceux des mouvements féminins et de jeunesse de Matoto. Dix-sept personnes auraient ainsi été conduites au siège du Groupement des Forces Spéciales (GFS), situé à proximité du Palais du peuple de Conakry, pour une prétendue « remise à niveau ». Un terme militaire qui, dans les faits, pourrait recouvrir des passages à tabac et d’autres formes de mauvais traitements dont certains militaires ont le secret.
Le plus préoccupant, c’est que les familles des personnes arrêtées sont toujours sans nouvelles d’elles. Aucune procédure judiciaire n’a été engagée, aucun lieu de détention officiel n’a été confirmé. Parmi ces disparus, le cas du jeune Didier Charles Bangoura suscite une vive inquiétude. A-t-il été pris en charge par le Groupement des Forces Spéciales ou a-t-il réussi à échapper aux mailles du filet ? Dans un cas comme dans l’autre, son absence prolongée alimente l’angoisse de sa famille.

Même incertitude pour Mabinty Sylla, Rokhya Soumah, Fanta Condé, Kerfalla Touré, Fodé Léontine Soumah, etc., tous membres de la section RPG/Arc-en-ciel de Matoto au même titre que Didier, eux aussi portés disparus.
Le plus inquiétant dans cette affaire de disparitions forcées, c’est qu’il se murmure que ces arrestations seraient le fait d’éléments incontrôlés des Forces spéciales, et que le Colonel Mamadi Doumbouya lui-même n’en aurait pas été informé.
Si certains veulent croire que cette méconnaissance du chef du CNRD laisse entrevoir une possibilité de libération, d’autres redoutent au contraire que ces détenus disparaissent définitivement, à l’abri des regards. Wait and see…
Par Alkhaly Sylla
