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Forcings de candidatures en Guinée : Une tradition politique sous tension

Ibrahima Sory DialloBy Ibrahima Sory Diallo26 janvier 2025
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L’histoire politique de la Guinée a été marquée par plusieurs épisodes de « forcing de candidature », où des dirigeants en place ont cherché à prolonger leur pouvoir malgré les contestations, souvent en révisant la Constitution ou en contournant les mécanismes démocratiques. Voici quelques exemples clés :

1. L’ère du premier président, Sékou Touré (1958-1984)

Sékou Touré, le premier président de la Guinée indépendante, a exercé un pouvoir autoritaire pendant 26 ans. Bien qu’il ait été élu, son régime est marqué par des restrictions des libertés politiques et une forte répression des oppositions. Il n’a pas nécessairement cherché à forcer une réélection de manière explicite, mais il a solidement ancré son pouvoir à travers le parti unique (le PDG-RDA), et a mis en place une structure politique qui renforçait son contrôle, sans réellement permettre une alternance démocratique.

2. Le coup d’État de 1984 et la présidence de Lansana Conté (1984-2008)

Après la mort de Sékou Touré, le lieutenant-colonel Lansana Conté a pris le pouvoir par un coup d’État militaire en 1984. Bien que Conté ait annoncé un retour à la démocratie dans les années 1990, il a rapidement dérivé vers un régime autoritaire. En 2001, un référendum constitutionnel a permis la réélection de Conté pour un troisième mandat, ce qui a été perçu comme une tentative de « forcing de candidature » pour assurer sa présence au pouvoir au-delà de la limite constitutionnelle.

3. Pr. Alpha Condé et la révision constitutionnelle de 2020

Le plus grand épisode récent de « forcing de candidature » en Guinée a eu lieu sous la présidence du Pr. Alpha Condé. En 2010, après avoir été élu président dans un contexte de transition post-konderie, Condé a semblé se conformer aux règles démocratiques en place. Toutefois, en 2020, après un passage par les urnes controversé, il a obtenu un référendum constitutionnel qui a permis de modifier la Constitution pour permettre une troisième candidature à la présidence.

Condé a alors présenté sa candidature pour un troisième mandat, ce qui avait été interdit par la constitution de 2010. Cette révision a été largement critiquée tant au niveau national qu’international, et a conduit à des manifestations violentes et à une forte opposition, notamment de la part de l’opposition politique et de la société civile, qui ont dénoncé un « forcing » visant à maintenir Condé au pouvoir à tout prix.

La victoire controversée de Condé lors de l’élection présidentielle d’octobre 2020, après des mois de tensions et des violences, a culminé dans des accusations de fraude électorale. Cette situation a conduit à son renversement par un coup d’État militaire dirigé par le Colonel Mamadi Doumbouya en septembre 2021.

4. Le contexte actuel (2021 et au-delà)

Après le coup d’État de 2021, le Général Mamadi Doumbouya, à la tête du Comité National du Rassemblement pour le Développement (CNRD), a promis de restaurer la démocratie et d’organiser des élections transparentes dans un délai de trois ans. Cependant, certains craignent qu’un nouveau « forcing » puisse avoir lieu, notamment si le Général Doumbouya choisit, au terme de la période de transition, de se présenter à la présidence, comme cela s’est souvent produit dans l’histoire récente du pays.

En définitive 

L’histoire politique de la Guinée est marquée par des tentatives de prolonger indéfiniment le pouvoir en place par des révisions constitutionnelles ou des manœuvres politiques. Ces « forcings de candidatures » ont engendré des tensions internes et des crises, et ont souvent conduit à une forte opposition, tant de la part de la société civile que de la communauté internationale. La situation actuelle, sous le Général Doumbouya, pourrait-elle marquer une rupture avec cette vieille tradition, ou bien s’inscrire dans la même dynamique ? Cela reste un enjeu central pour l’avenir politique de la Guinée.

Alpha Oumar Baldé, Analyste Politique

Ibrahima Sory Diallo
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