
La Guinée traverse une crise socio-politique inquiétante, où les droits fondamentaux semblent être systématiquement bafoués. L’intolérance et la répression gagnent du terrain, frappant tous les secteurs, y compris le milieu culturel. Les opérateurs culturels autrefois associés au régime d’Alpha Condé en sont aujourd’hui les cibles privilégiées. Victimes de stigmatisation et de mesures répressives, plusieurs d’entre eux, comme Sana Bangoura, dénoncent une véritable « chasse à l’homme ».
Un milieu culturel verrouillé
Sana Bangoura, un acteur incontournable du show-business guinéen depuis 18 ans, est aujourd’hui réduit au silence. Sous le régime d’Alpha Condé, il montait sur les plus grandes scènes, organisait des événements d’envergure et participait activement à l’animation culturelle nationale. Mais depuis la prise du pouvoir par la junte du CNRD, son parcours a viré au cauchemar.
Dans un témoignage poignant, il déclare au micro de Guinee7sur7 : « Les autorités ont refusé de renouveler ma licence d’exploitation. Ma structure ne fonctionne plus. Mes marchés ne passent plus. Même dans les lieux publics, je suis étiqueté et rejeté comme un « affilié du RPG arc-en-ciel ». »
Cette situation n’est pas isolée. D’autres figures culturelles de renom, telles que Isto Kéïra, Sayon Bamba ou Tidjane World Music, subissent le même sort. Licences bloquées, marchés gelés, contrats annulés : tout semble orchestré pour les réduire à l’inaction et les exclure du paysage culturel guinéen.

Une répression systématique
Derrière cette marginalisation se cache une logique politique implacable. Les artistes et opérateurs culturels ayant collaboré avec l’ancien régime sont désormais perçus comme des ennemis du nouveau pouvoir. Cette étiquette politique leur vaut des sanctions non officielles mais bien réelles.
Plus inquiétant encore, ces figures culturelles craignent pour leur sécurité. Dans un contexte où les enlèvements et les intimidations se multiplient, ils se sentent constamment menacés. Sana Bangoura avoue : « J’ai peur pour ma vie et celle de mes proches. Certains de mes collègues ont dû s’exiler pour éviter le pire. »
Une tolérance culturelle réduite à néant

L’Agence guinéenne des spectacles, en charge de la régulation du secteur, est pointée du doigt. Elle est accusée de participer à cette « chasse à la courre » en refusant le renouvellement des licences et en bloquant l’accès aux événements pour ces opérateurs culturels.
La Guinée, jadis terre de richesse culturelle et d’expression libre, semble sombrer dans une intolérance sans précédent. Ce verrouillage du milieu culturel reflète une réalité plus large : celle d’une société guinéenne profondément divisée, où les libertés fondamentales s’amenuisent.
Une urgence nationale
Le témoignage de Sana Bangoura est un cri d’alarme, révélateur d’un malaise national grandissant. Au-delà de la sphère culturelle, c’est tout un pan des droits humains qui est menacé. La Guinée, déjà secouée par des crises politiques et économiques, ne peut se permettre de sacrifier son tissu culturel, pilier de son identité nationale.
Il est urgent que les autorités revoient leur position, mettent fin aux répressions et garantissent un espace d’expression libre pour tous, quelle que soit leur affiliation politique. Faute de quoi, c’est l’avenir même de la culture guinéenne et de la cohésion nationale qui est en péril.
Par Sambégou Diallo
